Historique

Barney Sloan (1875-1939)
par Maurice Langlois
Un hôtelier hors pair
 
Dans le cadre de l’harmonisation des noms de rues de la ville de Magog, le comité de toponymie a suggéré, et la Ville a accepté, de désigner la portion nord de la rue Martin (à partir de la rue Bellevue), du nom de Sloan ou de Barney Sloan. Or, qui était ce monsieur Sloan, et pourquoi nommer une rue pour rappeler son passage à Magog?

Barney Sloan est né le 12 octobre 1875, sur une ferme à Berkshire Town, dans le nord du Vermont, près de Richford. Son père, venu d’Irlande en 1871, a épousé Margaret McNeil, au Vermont. Barney était le 4e d’une famille d’au moins 8 enfants. Dès l’adolescence, il travaille comme commis dans un hôtel local au Vermont.

En 1892, à l’âge de 17 ans, il émigre au Québec, devient successivement gérant du « Lakeview House » à Knowlton, puis du célèbre « Brooks’ House » de Waterloo, propriété de L.G. Green. À la veille de son départ de Waterloo en 1905, pour venir à Magog, les notables de l’endroit et ses amis organisent un banquet en son honneur. Après les allocutions d’usage, ils lui offrent une bague à diamants et une plaque souvenir signée par chacun et précieusement conservée par ses descendants. C’est à regret qu’on le voit quitter Waterloo.

En 1905, Green et Barney Sloan se portent acquéreurs du Battle’s House (site de l’actuel MacDonald’s). En 1906, il épouse Nellie Goodspeed avec qui il a une fille, Evelyn, qui deviendra la femme de Cecil Gaunt. En 1920, Sloan achète la participation de Green et devient seul propriétaire de l’établissement. Le Battle’s House ne fait pas qu’héberger les voyageurs de passage; certains clients y séjournent pour une période de temps prolongée. Ainsi, au moment de son arrivée à Magog en 1888, le Dr. Henri Béique y reçoit ses patients (« à toute heure ») en attendant de s’installer définitivement sur la rue Principale. Au recensement de 1911, plus de 25 personnes y demeurent, dont le notaire Hector Jasmin ainsi que de jeunes couples avec enfants. Barney Sloan exploite cet hôtel pendant un quart de siècle, alors qu’il le vend à Adélard Goyette, en 1930.

Après avoir habité l’hôtel pendant plusieurs années avec sa femme et leur fille, il acquiert une propriété sur la rue Bellevue. La famille Sloan habite la maison, devenue le gîte « À Tout Venant ». Cette portion de la rue Martin est ouverte entièrement sur son ancienne propriété. Sa grange, qui existe toujours, est située à l’extrémité de la rue Martin, sur la droite.

C’est Barney Sloan qui a fait la réputation de ce grand hôtel qui avait une salle à manger digne de mention. Il était un hôte courtois, soucieux du confort et du bien-être de ses visiteurs. Il était d’une jovialité remarquable et se plaisait à jouer des tours à ses amis. Sous son administration, le Battle’s House a été le plus important et le plus chic hôtel de la région pendant de nombreuses années. L’hôtel a été agrandi considérablement et l’on pouvait y recevoir jusqu’à 350 personnes pour des banquets en diverses occasions.

Barney Sloan était un bon administrateur et un commerçant avisé. Il était connu et apprécié par tous. On ne lui a jamais connu d’ennemis. On dit qu’il était impliqué dans sa communauté et qu’il a joué un rôle significatif dans le développement économique de Magog, même si, à cause de son métier, il n’a jamais participé activement à la politique municipale ou autre. Il prend sa retraite en 1930 et décède le 19 février 1939, à l’âge de 64 ans. Ses petites-filles, Louise, Pamela et Wendy Gaunt habitent toujours à Magog.

Le Battle’s House a été rasé par un violent incendie tôt le matin du 15 juillet 1944, alors que quelques 80 personnes y séjournaient. Il y eut une seule perte de vie, M. Percy Wagland, ainsi que six blessés. L’hôtel appartenait alors à Delphis P. Goyette, et Paul Mercier en assumait la gérance. Une tentative de reconstruction a débuté, mais seules les fondations ont été coulées et ont pu être observées pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que MacDonald’s s’en porte acquéreur.

Maurice Langlois
Société d’histoire de Magog
 
Barney Sloan
 
 
Battle's House
 
 
 
 
 
 
Histoire de Magog en bref
 
Colonisation
Avant l’ouverture des Cantons-de-l’Est à la colonisation, en 1792, le territoire était fréquenté par des tribus amérindiennes semi-nomades. Ce qui est aujourd’hui Magog était une zone de prédilection pour les Abénaquis, qui y campaient en petits groupes. Ces derniers naviguaient, du fleuve St-Laurent à la Nouvelle-Angleterre en remontant les rivières St-François et Magog, traversant le lac Memphrémagog du nord au sud et, en empruntant la rivière Barton, ils atteignaient la rivière Connecticut. À la suite de l’arrivée d’Américains, de Britanniques, d’Écossais, d’Irlandais et surtout de Canadiens-français, la présence amérindienne s’estompe à partir du début du XIXe siècle et est à peu près disparue vers 1840.
Bien que Nicholas Austin soit venu de Bolton à la décharge du lac, vers 1795, pour y installer moulin à farine et moulin à bois rudimentaires, il retourne s’établir définitivement à Bolton. Ralph Merry III, patriote américain (et non pas un Loyaliste), achète plusieurs milliers d’acres de Nicholas Austin, arrive le 20 mars 1799 et s’installe sur la rive gauche de la rivière Magog à proximité de la pointe qui porte aujourd’hui son nom. C’est le début du hameau qui porte tout d’abord le nom d’Outlet (décharge du lac) pour devenir Magog, vers 1855. Merry est officiellement reconnu comme étant le véritable fondateur de Magog.
Pour répondre aux besoins essentiels des habitants, moulins à farine et scieries sont construits, ainsi qu’une forge dès 1809. Un moulin à carder et à tisser la laine est mis sur pied et sera complètement mécanisé par Joseph Atwood, en 1825.
Commerce et industrialisation
Un service de diligence entre Georgeville et Magog entre en fonction dès 1830 et un premier bateau à vapeur sillonne le lac entre Magog et Newport dès 1850. Ralph Merry V, petit-fils du fondateur, fonde une fabrique d’allumettes, la première au Canada, vers 1837. Cette initiative ne connaît pas un grand succès à cause de moyens de transport insuffisants vers des débouchés commerciaux. Coupe et flottage du bois ont été pendant quelques décennies les pivots de l’économie locale.
Parce que les premières voies de communication, tant par terre que par eau, s’établissent avec le Vermont et la région frontalière de Stanstead, le quartier des affaires du hameau s’organise d’abord sur la rive sud, même si son fondateur habite sur la rive nord. C’est là que sont construits les premiers hôtels et commerces. Ce n’est qu’à la suite du passage du « grand Voyer » en 1822, et la construction d’un premier pont, que le quartier des affaires se déplace progressivement sur l’autre rive, où Merry a choisi de s’installer plus de 20 ans auparavant. Par la suite, l’arrivée du chemin de fer et le déplacement du quai, de la rive sud sur la rive nord, scelleront l’avenir du quartier des affaires.
Création de Magog
Jusqu’en 1849, tout ce qui se trouve sur la rive sud de la rivière fait partie du Canton de Hatley et la rive nord est dans le Canton de Bolton. Cette année-là, le Canton de Magog est créé en fusionnant les sept rangs le plus à l’ouest du Canton de Hatley avec les neuf rangs le plus à l’est du Canton de Bolton. Il devient municipalité de Canton, en 1855. En 1888, le village de Magog se détache de la municipalité du Canton de Magog et élit son propre conseil. Ce village devient ville en 1890. À la fin de 1952, ce sera au tour d’Omerville de se détacher des deux municipalités précédentes. Pendant 50 ans, ces trois entités évolueront parallèlement jusqu’à leur fusion, en 2002.
Magog, lieu de villégiature
L’entrée en service sur le lac de bateaux à vapeur (1850, 1867 et 1909), l’inauguration du pont Victoria en 1860, et l’arrivée du réseau ferroviaire en 1877 contribuent au développement de l’industrie touristique régionale, dès la deuxième moitié du XIXe siècle. Après les années 1890, le textile prend une importance telle, que Magog devient vraiment une ville mono-industrielle et le sera pendant plus de 75 ans. Avec la perspective d’un déclin de cette industrie, en 1965, Magog crée son parc industriel dans le but de diversifier son économie en attirant d’autres industries. Depuis ce temps, des efforts considérables sont déployés pour donner à la région une vocation récréative et touristique.
Chronologie

1799
Arrivée de Ralph Merry III avec sa famille.
1824
Construction de la première école sur la rue Principale.
1825
Une première au Bas-Canada, un moulin à carder est transformé en fabrique de laine complètement mécanisée.
1830
Première église (protestante multiconfessionnelle), la Union Church, sur la rive sud.
1837
Construction de la première fabrique d’allumettes au Canada.
1849
Création du Canton de Magog.
1850
Mise à l’eau du premier bateau vapeur, le Mountain Maid.
1852-53
Route à péage entre Magog et Sherbrooke (Sherbrooke Turnpike)
1861
Les Irlandais fondent la mission catholique St.Patrick et construisent la première chapelle.
1867
Mise à l’eau du célèbre Lady of the Lake, bateau vapeur à aube double.
1877
Arrivée du chemin de fer à Magog.
1881-1891
Poussée démographique et arrivée des Canadiens français.
1884
Ouverture de la Magog Textile & Print Co. et impression de la première pièce de calicot au Canada.
1885
La mission Saint-Patrice est érigée en paroisse, première des quatre paroisses catholiques de Magog.
1888
Le Village de Magog se sépare de la Municipalité du Canton de Magog et devient Ville deux ans plus tard.
1897
Mise en marche du barrage hydroélectrique de la Municipalité de Magog et électrification des maisons et des rues.
1960-1980
Avenir incertain de l’industrie du textile et développement touristique.
1952
Création de la Municipalité d’Omerville.
2002
Fusion des municipalités de Magog, Canton de Magog et d’Omerville.

 

Les premiers pas de Magog...

On y aperçoit le premier pont de la rue Merry et la première église.

2ième Pont Merry. Pisciculture de Magog